Mentalement… ce qui déteint sur mon physique.
J’arrive plus à me poser et réfléchir calmement… Non, ce n’est pas même pas ce que je veux. Je voudrais ne plus réfléchir. Simplement vivre. Avancer, progresser, évoluer… Vivre.
Mais je stagne, je n’avance plus, je n’évolue plus… je ne vis plus comme je le voudrais. Je respire, je bois, je mange (de moins en moins d’ailleurs…). Pas que je fais régime, non non ! Mais j’ai accumulé pendant des semaines les crises de maux de ventre. Celles qui font se tordre en deux, avec une douleur insupportable… Celles où la seule possibilité est d’attendre… que ça passe. Faute de mieux, j’essaie de soigner mon alimentation. Le mois gras possible (même si ça peut m’arriver de faire une « folie » : mettre de la sauce sur ma viande), le plus de légumes possible pour moins de viande. Et arrêter de manger dès que je n’ai plus faim.
Ça va mieux, moins de crises… Mais j’me sens fatigué. Je termine ma toux accompagnée d’un rhume. Ça m’a crevé ! Et maintenant, il fait froid… 10 °C maximum, cette semaine écoulée.
Enfin… Tout ça est physique, mais ça n’aide pas.
Ma réelle fatigue n’a rien à voir avec tout ça. En réalité, c’est le triste écoulement d’une vie banale ternie d’épreuves qui m’assomme.
Avec le (re)doublement scolaire, je me sens nul, mauvais, inutile et sans avenir. J’le prends sur moi et je fais toujours tout pour le cacher derrière un sourire ou une explication. « C’est un choix, parmi les options que j’avais » ou « Je préfère encore ça qu’avoir ça ». J’essaie de convaincre que je sais ce que je fais, que j’ai encore ma raison et que, finalement, doubler… ce n’est pas si grave. Moins de travail, plus de facilités… Si j’arrive à convaincre les autres, me convaincre moi-même est bien plus compliqué. Arriver à l’école, suivre des cours où je connais le 3/4 des réponses… Et se faire réduire à l’état de merde par le si talentueux prof du vendredi matin. Parce que, se sentir nul soit même ne suffit pas, il faut que d’autres le pensent…
Bah…
Si seulement j’avais de quoi m’occuper, mais je m’ennuie. Et quand je m’ennuie, je pense, je réfléchis, j’examine ma vie et je me recroqueville dans mon désespoir. Pauvre pauvre malheureux ! Tu n’as pas à te plaindre, Antho, avec la vie que tu as !
Voilà qui me donne la pêche tiens ! Après tout, n’est-ce pas vrai ? Je n’ai pas à me plaindre !
Et pourtant… voici un long discours du pauvre malheureux que je suis. Rhalala.
J’me sens seul.
Seul… avec des amis… mais seul.
Bouger, j’aimerais bouger, abandonner mes études, partir et découvrir tant de paysages, tant de beautés. J’aimerais pouvoir vivre sans avoir à prouver quelque chose. Prouver que je peux réussir prouver que je suis motivé, prouver… que j’assume mes responsabilités…
Mais je suis obligé d’être là, obligé de suivre un quotidien peu envieux : réveil, école, ennui, manger, dodo…
Bah vas-y Antho, sors ! Pour aller où ? Et avec qui ? Seul ? Autant me tirer une balle dans la tête, la solitude est la source de mes pires angoisses. Mais qui est disponible quand tout le monde est dans ses cours, au boulot… quand personne ne vit sauf pour travailler ? Qui ?
Donc, j’ai pour obligation de, moi aussi, travailler.
Mais mon auto-estime s’affaiblissant de jour en jour, les réussites, les fiertés me passent par-dessus les épaules. Même pas un présentoir, un tabouret, pour un peu me relever. Je n’arrive même plus à y voir une quelconque victoire. Réussir mon permis auto ? Et alors… Progresser en photographie ? J’me trouve toujours plus nul, chaque jour… Quelle autre « victoire » ai-je pu avoir ces derniers temps … ?
Un an, une longue année. Sans remonter la pente, je stagne dans les faiblesses que j’avais alors. Je vieillis, je grandis, et je me retrouve toujours plus seul.
Même le nombre de mes amis semble diminuer… Certains me déçoivent, d’autres s’en vont, simplement… Certains habitent si loin que j’en deviens fou. J’aimerais prendre le premier avion, partir à leur rencontre, prouver qui je suis, ce que je vaux et peut-être améliorer l’estime qu’ont les autres de moi… et ma propre estime. France, Suisse… À peine 2 heures d’avion ! Mouais…
Si certains s’en vont… je ne rencontre personne de nouveau…
Pauvre pauvre malaimé, pauvre Antho, pauvre malheureux.
Et mes sentiments s’embrouillent… pourquoi je pense ceci, pourquoi je réagis comme ça? Pourquoi j’aime telle personne, qui suis-je pour l’aimer ?? Qui suis-je ? Suis-je quelqu’un de bien ? Suis-je quelqu’un ? Suis-je utile ? À tous ceux que j’aime ? Certains peut-être… Sans doute. D’autres non. Alors pourquoi je les aime… ? Pourquoi me torturer avec des personnes qui ne m’aiment pas ? Des personnes qui ne pensent jamais à moi ? Des personnes que j’ai du coup l’impression de harceler, persécuter.
J’ai l’impression de m’accrocher à la vie, attendant que l’orage passe. Sauf que c’est un brouillard qui ne fait que s’opacifier. Et peut-être qu’un jour, il sera trop tard. Je n’y verrai plus, j’étoufferai. Qu’y puis-je ? Dois-je souffler sur le brouillard ? Seul ? Une seconde de répit sur 3 cm peut-être…
Le brouillard s’estompe un peu, parfois. Quelques minutes de rire. Ouf, sauvé… jusqu’à se retrouver seul dans sa chambre et méditer.
Un ciel d’octobre, le soleil se couche pour réapparaitre le lendemain. Un simple geste, quotidien, inlassable. Une véritable beauté. Des couleurs, rouge, orange, mauve, jaune, ocre, … du vent qui souffle sur ma fenêtre, quelques rayons qui filtrent entre les bâtiments. Et le soleil sommeille. Alors que mon esprit vagabonde dans les nuages. Une mouette, un avion, des pigeons, un groupement d’insectes. Ils volent et virevoltent dans les airs, sous mon regard fasciné. Je suis déjà loin, mais le spectacle est terminé. Retour à la réalité de la vie : il fait sombre et seules quelques lumières permettent d’éclairer les chemins.
« Tu es un grand romantique, en fait, Antho » m’a dit un ami. Ha oui ? Je n’en ai pas le sentiment. Je suis juste pensif, attentif, inquiet de plaire… inquiet de ne pas blesser. Au point de me blesser moi-même. Quelle importance, tant que ce n’est pas quelqu’un que j’aime. Le remarque-t-elle ? Sait-elle les sacrifices que je fais ? Les pensées que j’enfouis ? La souffrance que j’endure… ?
Comme un ciel d’octobre, j’accueille les couleurs, le vent, les tempêtes, les pluies… Et les nuages. L’hiver arrive, je me prépare. Il risque d’être rude, je peux me permettre d’être surpris.
Ma vie est un ciel où chaque minute dépend de tant de choses. Les accalmies se font plus rares depuis quelque temps, mais quand le vent ne souffle pas trop, quand il est régulier, ténu … Je me laisse guider… Attendant qu’un jour ensoleillé apparaisse. Un seul.
Et rien que pour voir le soleil ou les étoiles, il est bon d’attendre.
Je ne désespère pas…
J’attends.
